un cri sous la glace camilla grebe

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Date de parution en Suède : 2015

Titre original : Älskaren från huvudkontoret

Livre broché, Kindle : Calman-Levy, Amazon

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Avis de Véro :
Bon thriller suédois d’une violence inouïe. Histoire à 3 voix, celle d’Emma, de Peter et d’Hanne.

Avis de Kirkus
Un tour de force qui catapulte Camilla Grebe parmi les meilleurs auteurs de polars nordiques.

Avis de Skånska Dagbladet
Un thriller captivant sur les aspects les plus sombres de l’amour. 

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Extraits :

Longtemps auparavant, chez le jeune policier que j'étais, fraîchement nommé à la section homicide, l'annonce d'un assassinat éveillait toujours une sorte de gaité. La mort était synonyme de mystère qu'il fallait résoudre, démêler comme une pelote de laine enchevêtrée. Car on pouvait toujours élucider l'affaire, la clarifier. Il suffisait d'avoir de l'énergie, de la persévérance et de savoir tirer sur les bons fils au bont moment. La réalité n'était rien d'autre qu'un tissu complexe de ces fils. En résumé : on pouvait la maîtriser, l'ordonner.

D'un point de vue historique, la décapitation a été utilisée pour punir les crimes les plus graves. L'expression "peine capitale", vient du latin caput qui signifie "tête". Cette peine existe encore aujourd'hui en Arabie saoudite. En suède, la dernière décapitation date de 1900, mais dans plusieurs pays européens on pouvait y être condamné pendant une grande partie du vingtième siècle. On estime que plus de quinze mille individus ont été décapités en Allemagne et en Autriche entre 1933 et 1945. Dans plusieurs pays européens, on considérait traditionnellement qu'il était plus glorieux d'être décapité que pendu ou condamné au bûcher, par exemple et cette méthode d'éxécution était réservée aux nobles et aux soldats. Or, dans d'autres cultures, comme en Chine, c'était vu comme un opprobre. Les Celtes coupaient la tête de leurs ennemis et la suspendaient à leur cheval. Après les combats, les têtes étaient embaumées et conservées pour être ensuite exposées -ce qui indignait les Romains, pour qui les Celtes étaient des barbares. Mais pour les Celtes, il était naturel de décapiter leurs ennemis, car la tête représentait la vie, l'âme, elle-même.

Jesper me disait souvent qu'il était exposé, qu'on pouvait diviser les personnes autour de lui en deux catégories : les béni-oui-oui, qui ne le quittent pas d'une semelle, et les autres, qui s'évertuent à saboter son travail en toute circonstance. Habituellement, les gens se présentaient comme des alliés avant de lentement devenir des saboteurs lorsqu'ils n'obtenaient pas de sa part la récompense escomptée.

Je crois que j'ai perdu l'espoir de voir un jour le Groenland. Parce que je ne sais pas si j'oserai partir pour un tel voyage toute seule. Pas maintenant, à un moment où la maladie me guette à tous les coins de rue, menace de m'avaler, comme la mer a avalé Sedna dans la légende. La belle mais vaniteuse jeune Inuite Sedna s'était enfuie de chez son père avec un oiseau marin pour devenir sa femme. L'oiseau lui avait promis qu'il la conduirait dans un pays merveilleux : elle n'aurait jamais faim, leur tente serait fabriquée ave les plus beaux cuirs et elle se reposerait sur de douces peaux d'ours. Or, arrivée à destination, la jeune fille vit que la tente était faite de vieilles peaux de poisson qui laissaient passer le froid et le vent, elle dut dormir sur des peaux de morse rigides et on ne lui donna à manger que des reliefs de poisson. Le printemps venu, son père alla rendre visite à sa feille et la trouva désespérée et épuisée au pays  des oiseaux de mer. Il tua son beau-fils et repartit avec Sedna dans son kayak. Mais les oiseaux se vengèrent. Ils créèrent une tempête violent et le père fut obligé de sacrifier sa fille à la mer pour apaiser les volatiles. Il la jeta par-dessus bord dans l'eau glaciale et, comme elle refusait de lâcher le bateau, il lui coupa les doigts l'un après l'autre. les phalanges tombèrent dans la mer et se transformèrent en baleines et ne phoques. Enfin, Sedna fut engloutie et elle devint souveraine -la déesse de la mer. L'ancienne légende de Sedna met bien entenu en garde les jeunes Inuits conte le danger d'être vaniteux et de ne pas obéir à son père, mais elle traite aussi du caractère inflexible des éléments. Tout ce que nous sommes incapables de contrôler mais que nous devons respecter pour ne pas être engloutis. Quand à moi, j'ai beau avoir de quoi manger et un lit chaud où me coucher tous les soirs, la maladie est là, malgré tout, prête à me dévorer. A faire de moi sa souveraine dans l'existence vide et dépourvue de souvenirs qui m'attend.

 

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