aux roches douvres victor hugo

lignes poesie victor hugo

"Aux Roches-Douvres, personne.

Les oiseaux sont là chez eux.

Des Roches-Douvres, on ne voit rien.

Tel est l'isolement de ce rocher.

Tout autour l'immense tourment des flots.

La rafale, l'eau, la nuit, l'illimité, l'inhabité".

signature victor hugo

portrait

Victor Hugo - poète français - 1802-1885

Tiré du livre "les Travailleurs de la mer" - Amazon

Résumé : C'est à la fois un conte et un drame héroïque, l'histoire de Gilliat, pêcheur solitaire, amoureux d'une belle jeune femme, qui pour elle s'en va braver l'océan. Propriétaire d'un bateau à vapeur qui vient de subir un naufrage, un vieil armateur a en effet promis la main de sa nièce à celui qui ira puiser au fond de l'eau les formidables et nouvelles machines encore intactes. C'est contre vents et marées, contre les obstacles naturels et sous le regard malveillant d'autres travailleurs de la mer que Gilliat parvient à son but. Son exploit se révélera vain et sa fin tragique, assistant à la fuite de sa promise avec celui qui était son amant.

 

lignes poesie victor hugo

Extrait du livre concernant "Roches-Douvres"

"Du rocher Douvres, on ne voit rien. La rafale, l'eau, la nuée, l'illimité, l'inhabité. Nul ne passe aux rochers Douvres qu'égaré.

C'est la haute mer. L'eau y est très profonde. Un ecueil absolument isoé comme le rocher Douvres attire et abrite les bêtes qui ont besoin de l'éloignement des hommes. C'est une sorte  de vaste madrépore sous-marin. C'est un labyrinthe noyé. Il y a là, à une profondeur où les plongeurs atteignent difficilement, des antres, des caves, des repaires, des entrecroisements de rues ténébreuses. Les espèces monstrueuses y pullulent. On s'entre-dévore. Les crabes mangent les poissons, et sont eux-mêmes mangés. Des formes épouvantables, faites pour n'être pas vues par l'oeil humain, errent dans cette obscurité, vivantes. De vagues linéaments de gueules, d'antennes, de tentacules, de nageoires, d'ailerons, de mâchoires ouvertes, d'écailles, de griffes, y flottent, y tremblent, y grossissent, s'y décomposent et s'y effacent dans la transparence sinistre. D'effroyables essaims nageants rôdent, faisant ce qu'ils ont à faire. C'est une ruche d'hydres.

L'horrible est là, idéal...

Voir le dedans de la mer, c'est voir l'imagination de l'Inconnu...

Il y a quarante ans, deux roches d'une forme extraordinaire signalaient de loin l'écueil Douvres aux passants de l'Océan. C'étaient deux pointes verticales, aiguës et recourbées, se touchant presque par le sommet. On croyait voir sortir de la mer les deux défenses d'un éléphant englouti. Seulement c'étaient les défenses, hautes comme des tours, d'un éléphant grand comme une montagne. Ces deux tours naturelles de l'obscure ville des monstres ne laissaient entre elles qu'un étroit passage où se ruait la lame. Ce passage, tortueux et ayant dans sa longueur plusieurs coudes, ressemblait à un tronçon de rue entre deux murs. On nommait ces roches jumelles les deux Douvres.

Il y avait la grande Douvre et la petite Douvre ; l'une avait soixante pieds de haut, l'autre quarante. Le va-et-vient de la vague a fini par donner un trait de scie dans la base de ces tours, et le violent coup d'équinoxe du 26 octobre 1859 en a renversé une. Celle qui reste, la petite, est tronquée et fruste.

Un des plus étranges rochers du groupe Douvres s'appelle l'Homme. Celui-là subsite encore aujourd'hui. Au siècle dernier, des pêcheurs, fourvoyés sur ces brisants, trouvèrent au haut de ce rocher un cadavre. A côté de ce cadavre, il y avait quantité de coquillages vidés. Un homme avait naufragé à ce roc, s'y était réfugié, y avait vécu quelques temps de coquillages et y était mort. De là ce nom, l'Homme.

Les solitudes d'eau sont lugubres. C'est le tumulte et le silence. Ce qui se fait là ne regarde plus le genre humain. C'est de l'utilité inconnue. Tel est l'isolement du rocher Douvres. Tout autour, à perte de vue, l'immense  tourment des flots.

signature victor hugo

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A voir également : Phare des Roches-Douvres (Finistère)